Le complexe du vergerClara [membru], 09.08.2007, 04:12
George Banu a réussi à expliciter l\'inexplicable tout en le gardant intact. C\'est un coup de maître, d\'autant qu\'un Tchekhov plus qu\'un Dostoïevski ne se laisse pas facilement investir.
Une petite remarque quand même: Firs peut exaspérer les autres et leur faire dire en eux-mêmes ce que Yacha dit tout haut. Mais Yacha, quand il le fait, il est égal à lui-même, alors que les autres le font dans des moments où ils se sentent désemparés, vulnérables. En fait, l\'attitude de Yacha les révulse tous, plus ou moins ouvertement.
George Banu note quelque part : « Firs « n\'est plus réparable ». C\'est la conviction que secrètement, explique l\'erreur, délibérée ou non, de son oubli. Firs est appelé à disparaître comme la cerisaie... ». Firs est comme La Cerisaie, certes, mais il est aussi comme cette partie de Lioubov ou de Gaev ou de Varia ou d\'Ania ou de Lopakhin sur laquelle ils n\'ont plus de prise. Comment la sauver, cette partie ? Comment sauver Firs ?
J\'aimerais bien que George Banu puisse rester le « jeune lecteur » que « le cynisme de Yacha à l\'égard de Firs exaspérait ».
Dans les observations de Mihaela Michailov, il y a autant de justesse que de richesse. Il n\'en reste pas moins que l\'idée selon laquelle « La Cerisaie est « l'endroit des plus vivantes et fécondes contrastes », je la trouve un peu risquée. Les contrastes ne sont que la partie émergée de la Cerisaie. La partie immergée, ce que chaque personnage partage avec tous les autres, c\'est du tchekhov. C\'est ce que George Banu appelle le complexe du verger.